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One Piece, d'Eiichiro Oda

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Une actualité de Administrateur
Publié le 20/04/2016
Prenons des ingrédients rebutant : un sujet daté, la piraterie, un support "populaire", la bande dessinée, ajoutons lui le crime de "japoniaiserie", des dessins en recul sur les standards acceptés, une trame de départ simpliste. Remuons ça sur seize ans. Seize longues années qui auront bercé les enfants de Dorothée. Aujourd'hui encore, devenu adulte, on se surprend à lire cette série devenue saga. One piece. Édifice de quatre-vingt volumes, figurant parmi les oeuvres les plus éditées de l'histoire avec ses trois cents millions d'impressions. Livre monde, où chaque personnage existe en dehors du récit qui nous est livré, nous offre une vraie richesse. Chaque île que Luffy et son équipage traverse en quête du grand trésor (le One piece) nous livre tour à tour : fantaisies, drames, combats épiques et histoires uniques. Mais que ce soit l'île dans les nuages, le bateau restaurant, le royaume des jouets et des fées, j’en garde à chaque fois un souvenir émouvant et exotique. Quand Sanji est coincé sur une île sans provision, que page après page la faim est là, asséchante, cruelle, rampante, qu’on la souffre avec lui, qu’on se rappelle du poisson qu’il avait jeté avant le naufrage, du poisson qu’on a jeté à midi, on grandit. Les personnages secondaires, eux aussi nous touchent. Cette adversaire improbable qui porte une tétine de bébé en bouche, dont on s’est moqué six mois, nous a bouleversé. Il fallait imaginer sa femme aimante, éploré de son enfant emporté jeune par la maladie, qui détesta son mari juste avant de tomber dans le coma. Elle ne réagissait plus dans son état qu’à la vue de ladite tétine. C’est pourquoi ce personnage la portait toujours à la bouche, pour ridicule qu’il fût avec. Il me semble que le cas est symptomatique de One Piece. Une apparence simple, loufoque, baroque, pour raconter des histoires poignantes, dont les protagonistes sont les « héros » dans le sens plein du terme. Il n’y a que des sourires et de la bienveillance dans l’attitude des personnages frappés par le destin. Ils sont portés par une bravoure naïve, et un souffle d’humour résolument heureux. On a le sourire quand on lit. Ce devrait toujours être le cas. Il faut pourtant un grand talent pour produire planches et planches pendant près de vingt ans, à toujours faire rire au travers d’une histoire fleuve dont chaque élément comme dans une horloge vient s’emboiter avec justesse dans un édifice qui aurait pu s’achever en quelques mois. C’est là la plus belle mise en abime qui soit, l’auteur comme le héros trace son odyssée vers un but qu’on ne semble jamais atteindre mais le « One Piece » n’est-il pas justement la beauté du trajet, de l’épopée, de l’aventure heureuse. Je vous invite à vous perdre sur une des îles, quelques tomes, à bord de l’équipage. Qu’on vous y parle de politique, de transgenre, d’Histoire, de culpabilité, du devoir du médecin, de la force d’un sourire, de la perte d’un héritage précieux, l’œuvre saura vous toucher.  Maxime Bizzarri