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Orgueil et préjugés

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Orgueil et préjugés - Jane Austen
Publié le 05/04/2017
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Jane Austen nous emmène dans une rêverie douce à travers son ironie fine et son sarcasme voilé, son écriture aux milles couleurs et sa plume aiguisée.

On se promène au fil des pages, tant et si bien que l’on finit par s’y perdre et c’est cela qui fait la force de l’écrivaine, elle nous ensorcèle par ses mots simples et sa charmante vérité. Elle critique les conventions d’une époque mais leur apporte son empreinte pour nous transmettre ses rêves dans une réalité complexe et normative.

Le livre nous semble à la fois naïf et sérieux, l’histoire à la fois banale et déroutante.

Elisabeth est une femme indépendante, au même titre que son auteur, et c’est peut-être son autoportrait, le rêve d’une vie qu’elle ne pourra avoir mais qu’elle nous propose quand même. Peut-être est-ce cela la clé du bonheur, rêver sa vie et proposer aux autres de la rêver avec soi, pour faire d’un rêve partagé une réalité.

De plus, l’auteure condamne, à travers ces pages, les deux grands maux/mots (ces deux termes me semblent convenir dans le cas présent) dont souffrent la société du XIXème siècle : l’orgueil et les préjugés. Mais d’ailleurs, qu’est-ce qu’un préjugé (éthymologiquement, pré : avant et judicare : rendre un jugement, juger), sinon ce qui a déjà été jugé et admis comme tel sans recherches plus avancées ? Dans ce livre, les personnages jugent de tout et se jugent tous, ils prennent leurs jugements comme acquis et comme une vérité qui ne peut être questionnée. Ce sont finalement les personnages qui finissent par remettre en cause leurs jugements qui peuvent apprécier une fin heureuse. Mademoiselle Austen nous apprend ainsi à nous défier de nos idées reçues, de ce que l’on croit être un savoir acquis, et si l’on regarde entre les lignes, elle y défend la condition féminine et la liberté.

En effet, Jane Austen incarne également, par ce livre, à travers son personnage, le personnage d’Elisabeth, l’expression d’un féminisme à ses débuts, vacillant, fragile, timide mais bien présent. Ce féminisme a des difficultés à s’imposer mais finit par être accepté tel qu’il est par un homme qui pourtant, au commencement, semblait déprécier au plus haut point l’écart à toute forme de conventions, la déviance du « sexe faible » et proposait une définition de la « femme accomplie » stricte, fermée et surannée. Mais le charme de cette femme indépendante finit par le conquérir et lui ouvre les yeux sur l’attraction que peut représenter une femme affirmée, autrement dit sur la vérité de ce qu’est ou n’est pas une femme.

Orgueil et Préjugés n’est donc pas seulement, selon moi, une vérité enjolivée, mais c’est également la métaphore d’un espoir, l’espoir d’une acceptation de cette femme féministe, indépendante et affirmée qu’est Jane Austen.