Chargement...
Chargement...

Regain de Jean Giono, par Sylvain Rodde

564_regain-de-jean-giono-par-sylvain-rodde
Une actualité de Administrateur
Publié le 22/05/2013
J'ai découvert Regain un peu par hasard alors que je cherchais un livre à lire dans la bibliothèque de ma mère pour occuper une longue soirée neigeuse. J’y ai pioché un livre à la couverture colorée et à la tranche orange qui se détachait de l’austérité des livres de poche traditionnels. Comment ne pas être attiré par cette singularité ? J'ai donc commencé la lecture de ce petit livre par l'épaisseur mais grand par ce qu’il dégage. Je ne pense pas qu'il soit vraiment la peine de présenter son auteur : Jean Giono, l'un des plus grands du XXe siècle. Cependant, Giono est selon moi plus qu’un écrivain, c’est un peintre du monde paysan et de la Provence qu’il aimait tant. Il est sans doute l'homme qui posa les mots les plus justes sur les terres que Cézanne a dépeint. Regain est le dernier volet de la trilogie de Pan. Connaissez-vous Pan d’ailleurs ce dieu grec protecteur des bergers ? Ne vous parlais-je pas de l'attachement de Giono pour le monde paysan qui moi aussi m’est très cher ? La référence mythologique ne s'arrête pourtant pas là car Regain, de par ce qu'il nous enseigne est un véritable mythe populaire. Aubignane ne compte plus qu’un seul habitant, Panturle, un vieux garçon vivant de la chasse dans les collines de Provence. Le village se meurt. La terre, les habitations, sont à nu et Panturle regarde seul ce malheureux spectacle jusqu'au jour où l’amour va venir à lui par Arsule, femme de passage à Aubignane et qui n’en repartira pas. Elle va révolutionner la vie de Panturle et l’amener à passer de chasseur à paysan pour produire le meilleur blé de la région. La maison puis la terre revivent et bientôt des maisons viendront s’ouvrir à nouveau et des terres se cultiver. Regain est une ode à l'homme, la nature et l'amour. C'est donc une ode à la beauté que Giono vient personnaliser par ses paysages de Provence que vous ne cessez de vous représenter avec toujours plus de fascination au fil des pages. Giono était appelé le voyageur immobile car il a eu le talent de faire voyager ses lecteurs sans avoir jamais quitté la Haute-Provence. Regain s'inscrit parfaitement dans cette veine magistrale puisque j'ai eu l'impression d'avoir fait le tour du monde sans que Panturle ne quitte Aubignane. Ce sont toutes ces raisons qui font selon moi de Regain une œuvre majeure du XXe siècle. Je disais que c’est un mythe populaire, vous aurez sans doute compris pourquoi. Ce livre est une leçon universelle d'humanisme qui vient contredire ce que l'on veut bien voir du monde actuel : un homme destructeur, une nature souillée et de l'amour jetable comme tout bien de consommation. C'est un retour dans le passé qui aide à construire son futur en réfléchissant au sens que l'on souhaite donner à sa vie. Histoire simple de gens simples, Regain est le plus beau et le plus instructif récit qui m'ait été donné à lire et jamais je n'aurais pu croire qu'une couverture colorée et une tranche orange puissent cacher une si profonde leçon de vie.