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"A thing of beauty is a joy for ever"

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 16/03/2016

keatsellroy1.JPG Les obsessions les plus noires côtoient parfois de nobles transports de l'âme... La vitrine consacrée à la visite lundi dernier de James Ellroy voisine avec l'inspiration romantique du moment puisque depuis le 6 janvier, parallèlement à la parution en traduction française de l'ultime volet  de la trilogie de l'écrivain américain, la librairie célèbre un événement poétique : la sortie du dernier film de Jane Campion, Bright Star, titre emprunté à une ode que John Keats dédia au début du XIXème siècle à sa jeune voisine Fanny Brawne.

 Inspiré des authentiques dernières années de la vie du poète anglais, soit entre 1818 et 1821, ce film renoue avec la grâce et le romanesque qui nous a fait bien entendu replonger dans l'atmosphère de l'inoubliable Leçon de piano (palme d'or du festival de Cannes en 1993). Ici, les notes de musique et les élans des corps sont merveilleusement spiritualisés dans les vers et les échanges épistolaires abondamment cités (John Keats, Lettres - parues chez Belin) sans y perdre au change ni verser dans le délicat écueil de la mièvrerie, puisque Jane Campion sait subtilement filmer la naissance d'un désir, inassouvi et néanmoins puissamment incarné.

fannykeats.jpgCette véritable leçon d'amour est d'abord et aussi d'art car la jeune Fanny conquiert le coeur de son voisin d'abord par le verbe et l'esprit, demandant qu'il lui enseigne les secrets de sa poésie. Ce film s'inscrit ainsi parfaitement dans la tradition de l'amour courtois, platonique (symbolisé par la cloison entre leurs chambres) qui tente de s'affranchir des obstacles mais y succombe finalement... superbement.

Le film aura fait tirer force larmes à quelques cinéphiles du rayon conquises par cette impossible passion corsetée par les conventions de la société anglaise (John Keats, poète incompris et vivant dans la misère, ne pouvait espérer épouser une jeune femme d'une classe sociale supérieure). La tuberculose finira par l'emporter en 1821 en exil à Rome, où, paraît-il, il composa son dernier poème intitulé "To Fanny" et qui résonne telle une ultime et amère leçon de romantisme pour la destinataire, dans la version filmée : la mort du poète ne peut mettre fin à la vie de sa poésie qui seule demeure prisonnière du souvenir et du secret de leur désir. C'est au tour donc du spectateur et lecteur de se plonger dans les quelques recueils (Endymion, HypérionLes Odes, Seul dans la splendeur, Sur l'aile du phénix) et correspondances qu'il reste de cet amour, absolu aussi éphémère et aérien que la poésie et la beauté fragile des papillons que Fanny voudrait garder mais qui finissent par périr (présage funeste pour Keats) tout en gardant présent à  l'esprit les magnifiques couleurs et émotions suscitées par ce film, enchantement esthétique et frisson poétique à tous points de vue.

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