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De lait et de miel

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/11/2014

Timisoara (ImageShack)Long d'à peine 130 pages, le deuxième roman de l'auteur des Bains de Kiraly (cf. notre blog) se présente comme une belle ode à l'amitié doublée d'une puissante variation sur le thème de l'exil.

 

Un homme patiente dans l'antichambre de la mort. Alors que s'étiolent les heures, il se souvient... du jour où il a frôlé la mort, d'abord - ces sensations familières s'imposent à lui plus qu'il ne les invoque -, puis, rapidement, d'un certain Stefan. "Stefan Dragan. Né à Timisoara en 1928." Profitant de ce que son fils se trouve à son chevet, il se laisse aller à espérer retrouver la trace de cet homme mystérieux qui a pourtant profondément marqué ses jeunes années. C'est ainsi que s'ouvre le dernier roman de Jean Mattern, paru aux éditions Sabine Wespieser. Récit dense et ciselé d'une existence tourmentée, De lait et de miel remonte le cours du temps le long de deux fils principaux. Le narrateur se remémore d'une part sa jeunesse tumultueuse qui l'a conduit de Timisoara, cette petite ville du Banat roumain à laquelle les aléas de l'histoire ont valu une grande variété de déclinaisons toponymiques (1), à la Champagne française. Traversant l'Europe et le siècle sous la protection d'une bonne étoile, notre homme semble avoir échappé aux rouleaux compresseurs nazis et soviétiques grâce à une pulsion vitale et à un sang froid hors du commun. D'autre part, il revient sur les événements qui l'ont conduit à courtiser cette jeune Hongroise encore baptisée Zsuzsanna au point de lui demander sa main à la fin des années 1950, lui promettant une vie "de lait et de miel". C'est ici la raison non pas d'Etat, mais d'homme, qui prime sous les traits d'un besoin vital de tourner la page, de refaire sa vie en enfouissant ses racines le plus profond possible sans pour autant les couper. "Oublier Timisoara. Le violoncelle de Stefan. Combler l'absence des miens, seule une femme pouvait m'aider à y parvenir, j'en étais convaincu. Suzanne serait cette femme." Derniers remparts de l'homme contre la folie ou l'abandon quand la vie prend des airs de parcours du combattant, les dieux Froideur, Raison et Distance sont bel et bien les derniers survivants du panthéon de notre narrateur. Mais cette volonté à toute épreuve a un prix. C'est elle qui fait que l'on se réveille un jour en regrettant de s'être sevré de ses émotions... "Parfois, la peine et la douleur sont ce qu'un homme possède de plus beau. J'en veux à Suzanne de me l'avoir pris" ... ou en découvrant que celui que l'on appelait son meilleur ami vit à Honolulu !


(1) Avec ses quelques 300 000 habitants, Timisoara fait aujourd'hui partie de la Roumanie après avoir été aux mains des Bulgares, des Ottomans, des Hongrois et des Autrichiens, ce qui lui vaut de posséder d'une part une liste interminable d'appellations (Timisoara, Temesvar, Temeschburg, Temeschwar...) et de l'autre, une population inévitablement multiethnique.
F.A.

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