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1Q84

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1Q84-Murakami
Publié le 05/04/2017
Découvrez les chroniques des participants au concours Kedge Jette l'encre - édition 2017

Année 1984. Une jeune femme descend un escalier de secours au bord d’une voie rapide à Tokyo. Elle passe alors dans un monde parallèle que rien ne distingue à priori de celui qu’elle vient de quitter. Sauf qu’une seconde lune translucide flotte à côté de la première et personne ne semble l’avoir remarquée. L’héroïne, Aomamé, « petit pois » en Japonais, renomme ce monde 1Q84 - Q comme Kyû, le chiffre 9.

1984, 1Q84, la référence orwellienne inscrit d’emblée le récit dans un champ d’influences culturelles mondialement partagées. Les personnages écoutent du Jazz et lisent Proust. Moi j’attends le moment de la contemplation des fleurs de cerisiers.

Alors que le roman se déploie, les personnages sont précipités à une lenteur folle vers le but auquel leurs traits de caractère les destinent inexorablement. Pourtant je lis en flux tendu. Comme les chapitres alternent avec une régularité de métronome les points de vue des personnages, et que je m’impatiente, je lis uniquement les chapitres d’un protagoniste, jusqu’à ce que l’intrigue soit suffisamment avancée à mon goût. Puis je reviens en arrière et reprends le fil narratif d’un autre personnage, et ainsi de suite.

Je parcours donc les trois tomes au mépris de l’ordre scénaristique choisi par Murakami. Le récit prend des ramifications absurdes mais le tout est d’une mystérieuse cohérence. Quelque chose m’agrippe dans cet écrit, que je ne saisis pas.

C’est à la fois son exil littéraire, loin des codes japonais, et cette innocence du style, ni tout à fait nipponne, ni tout à fait étrangère. Une universalité du récit, qui, passant tantôt par le mythe, tantôt par le réalisme rugueux, séduit le lecteur d’une façon étrangement familière. Qu’est ce qui me touche à ce point ?

Une force qui résiste à l’insularité du monde, quitte à tout détruire, à tout déconstruire. Déconstruits le style, le récit, par terre les frontières de l’identité japonaise et des genres littéraires. Une figure humaine se donne à voir, qui répond directement de l’inconscient.

C’est que l’auteur s’attaque à rien moins que l’essentiel, ce par quoi la culture nous habite et nous inscrit dans le monde : le langage.

 

Et soudain, le lecteur en quête du moment japonais rencontre un moment universel.