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1Q84

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Publié le 13/05/2019
1Q84 de Haruki Murakami
C’est le titre de ce roman qui m’a tout d’abord intriguée. Comment est-on censé le prononcer ? Pourquoi ce choix si énigmatique ? Une première piste me vient en tête : je me souviens que le chiffre 9 se dit en japonais Kyu comme la lettre Q en anglais. A moins que ce ne soit un jeu autour du chiffre 9, qui s’écrit comme la lettre Q. Ce titre est donc certainement une référence à 1984 de Georges Orwell. Et me voilà partie, à travers les trois tomes du roman, dans plusieurs heures de lecture.
Le roman se lit à travers plusieurs voix, celle de Tengo, jeune professeur de mathématiques, également écrivain, et celle d’Aomamé, une jeune femme sportive et pleine de détermination. Ces deux personnages ne se connaissent pas, mais ils vont basculer à leur insu de 1984 à 1Q84. Ils ont en commun un goût marqué pour la solitude, et la reconstitution de leur enfance les rend attachants.

Un détail distingue la vie en 1Q84 de celle de 1984 : il y a deux lunes dans le ciel en 1Q84, l’une plus petite et plus gibbeuse que la lune « habituelle ». En dehors de cela, le quotidien de 1Q84 reste très semblable à 1984, du moins au départ. Puis, tour à tour, les deux héros vont rencontrer plus ou moins directement une jeune fille qui les initiera à ce qu’est une chrysalide de l’air. Ainsi Murakami décrit-il ce phénomène étrange comme une sorte de capsule, de cocon qui enveloppe certains corps et qui peut surgir à tout moment. Il précise ainsi que cette chrysalide est une « pure chimère. La ligne de partage entre le monde réel et l’imaginaire est devenue floue (..) Dans ce contexte, il n'y aurait rien de bizarre à ce que tu aies détaché ton esprit de ton corps »*. Ce phénomène permettra à l’auteur de nous emmener dans un univers qui lui est très personnel.

Ce qui est très original dans ce roman, c’est qu’il est un parfait kaléidoscope de plusieurs genres littéraires. Ce n’est pas vraiment de la science-fiction. Il y a très peu de référence à ce qui pourrait l’apparenter à un roman fantastique. De plus, les chapitres qui se passent au sein d’une secte, sur fond de disparition d’un personnage évoquent parfois le roman policier. La narration se nourrit également d’un ancrage dans le réel ; Murakami évoque ainsi le président Reagan, ou une publicité pour Esso des années 1980. Au fil des pages, il fait également référence à des titres de musique, à Janacek, mais également à des standards de jazz, car Murakami a lui-même tenu une cave de jazz. Et en même temps, l’étrange est très présent.

Il me semble que ce roman est avant tout un roman extrêmement poétique, où l’imaginaire se mêle au quotidien. Ce maillage étroit nous emmène dans un univers où la frontière avec le réel est mince, un peu à l’image des larves de papillons qui tissent des chrysalides avant leur transformation. Que deviendront alors les deux personnages principaux, très seuls, marqués par leur sentiment d’étrangeté au monde ?

Bibliographie