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Confession d’un masque, de Mishima

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Une actualité de Administrateur
Publié le 20/04/2016
Mishima, dans ce qui constitue son premier roman, signe une œuvre où la frontière entre la fiction et la réalité et des plus tenues ; doit-on reconnaître dans ce jeune narrateur tourmenté, l’auteur lui-même ? C’est de là que vient toute la force de ce récit, ici les cadres du roman sont volontairement brisés pour donner vie à une œuvre quasi organique, à fleur de peau, où chaque pensée, sensation du héros est couchée sur le papier. Mais le caractère tragique du narrateur tient également dans cette fascination pour la mort. Or cette nostalgie des notions d’honneur et de mort héroïque propres aux samouraïs, reflète ce Japon à l’orée de la deuxième guerre mondiale, écrasé par une tradition guerrière où la vie n’est jugée qu’à son dernier instant. Et la guerre survient, déchirant le cours du récit, comme elle a déchirée ce Japon jusqu’au-boutiste qui préférait ployer sous les bombes et les noms de ceux qui ne reviendraient pas, plutôt que de capituler. Dans ce roman, la guerre joue le rôle de catalyseur des démons du narrateur/auteur, elle se présente comme la mort tragique et magnifique tant souhaitée, mais sa réalité s’accompagne aussi de cette peur qui se transformera en soulagement lorsqu’il sera réformé pour raisons médicales. C’est cette lâcheté tant du corps que de l’esprit qui le marquera profondément, la guerre il la vivra de l’intérieur, et bien que la mort soit toujours présente, dans ces villes englouties par les flammes, elle se refusera à lui, comme s’il ne la méritait pas. Alors quand apparaît la charmante Sonoko, c’est à cet instant que la thématique du masque prend tout son sens. Ainsi cette relation amoureuse bien que platonique, naît de ce tiraillement entre l’être et le paraître, mais très vite le masque devient de plus en plus pesant, allant même jusqu’à effacer le visage qui se trouve derrière. Ce masque aux allures de fardeau, c’est le symbole de ce héros tourmenté par des pulsions qui en deviennent des névroses car non assouvies. Or là où le roman surprend, c’est dans ces sentiments qui naissent de cette imposture. Du faux, la vérité, peut-elle naître ? La réponse donnée par Mishima est volontairement incomplète, et de par cette interrogation laissée en suspens, c’est tout le tragique de cette confession qui s’exprime. Cette dernière peut-elle exister alors que celui qui l’exprime ne sait distinguer ses propres mensonges ? Si lire est une expérience, ‘’Confession d’un masque’’ en est une de mes plus fortes. Cela fait presqu’un an déjà, que j’ai refermé ce livre ; mais les sensations, les impressions et les réflexions qui ont accompagné sa lecture, ne m’ont toujours pas quitté, comme si durant un instant, au détour d’une des pages du roman, je m’étais confondu avec le narrateur, et que cette confession était devenue la mienne. Olivier Atzenhoffer