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En attendant Bojangles

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Publié le 13/05/2019
En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut
En attendant Bojangles est un livre salvateur, bouleversant, extraordinaire pour personnalités extraordinaires.

Avec une tendresse inouïe et un humour désarmant, Olivier Bourdeaut parle d’eux, de nous.
De nos familles, de nos voisins, nos collègues, nos étudiants, de nos enfants qui sont ou seront concernés.

De toutes ces familles atypiques. De ceux que nous chérissons ou fuyions, effrayés par l’anormal.
Du revers de la médaille, de notre joyeuse folie. De l’incompréhensible, imperceptible, si sensible et quotidiennement présent.

De Georgette, de nos oncles et tantes, de nos cousins, cousines, frères, sœurs, amis, qui, malgré eux, étaient ou sont « trop » et qui furent ou seront emportés dans leur exceptionnalité nommée lapidairement, graduellement, populairement et médicalement : loufoquerie, extravagance, originalité, fantaisie, dinguerie, bipolarité, schizophrénie, folie, mélancolie, dépression, désespoir et parfois suicide.

La tendresse et l’excentricité envahissent les premières pages, promesse d’une lecture émouvante. Madame Superfétatoire, Georges, exceptionnel amoureux inconditionnel, Georgette, Renée, Marylou, Joséphine, Henriette, Pauline, Hortense et leur fils nous font voyager dans le désordre de leur vie, au cœur de leurs soirées enivrées où la couleur des sentiments oscille au rythme de la maladie. L’amour si puissant qui se dégage de chaque page pardonne instantanément tous les incidents subreptices liés à la folie et attenue l’angoisse de l’attente et de l’inévitable fin.

Car de l’insouciance au drame il n’y a qu’un pas. Olivier Bourdeaut le franchit avec simplicité et authenticité. Il assume et livre dans ces quelques lignes un témoignage fou d’une humanité, sans filtre, avec légèreté, comme ces bulles de champagne qui tentent d’anesthésier l’impensable et l’irréparable.

Hors Norme. Hors cadre. Comme cette chanson de Nina Simone, Mister Bojangles écouté en boucle au fil des pages et qui laisse entrevoir l’insidieuse et puissante mélancolie qui finit par rendre si romantique et artistique la folie. C’est là où le poison est subtil, il pénètre par tous les sens. Au-delà des maux ce livre est donc une performance artistique multiple d’une poésie rare. Alors que l’on tourne la dernière page, nous sommes gagnés par cette ivresse qui nous bouleverse et nous rappelle nos fragilités.

Jamais de gravité dans son langage, juste une comédie tragique, l’élégance d’un cœur qui, entre délicatesse et pudeur, nous invite à avouer notre irremplaçabilité.

Bibliographie