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J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne

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Publié le 13/05/2019
J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne de Jean-Luc Lagarce
J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne met en scène un fils qui fait irruption au domicile familial, sans prévenir les siens de ce retour, après des années d’absence. Il est mourant.

Cette pièce de théâtre projette des topoï qui habitent Lagarce, car il réécrit plusieurs fois cette histoire, à travers Juste la fin du monde, et Le pays lointain entre autres. Ces topoï sont ceux de la famille, du conflit, de la maladie, de l’absence, de la haine… et surtout celui du retour impromptu au sein du foyer, un retour au point de départ, un retour d’un fils qui s’apprête à mourir.
Alors que la réapparition du fils devait être celle d’une communion heureuse avec sa famille, l’ultime venue du fils se convertit en cérémonie du non-dire, de l’évitement, point d’orgue de l’œuvre. Dans J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, le personnage principal, « le fils » comme il est impersonnellement appelé, ne finira par rien dire et mourir. C’est de cette façon, et en choisissant spécifiquement le théâtre, lieu même de parole, d’action, que Lagarce invoque ces thèmes à huis clos.

Cette contradiction entre ineffable et théâtralité, constitue toute la curiosité du lecteurs spectateur, car le théâtre est aussi chez Lagarce espace de lecture. Plus précisément, toute l’« action » présente dans l’œuvre, à dessein, se situe dans la phrase. La structure de la phrase signifie plus que le choix même des mots. Une énonciation éclatée, peu de ponctuation, des autocorrections constantes de la parole — épanorthoses, anaphores pour aider les personnages à se corriger — forment une ritournelle à la sonorité très plaisante et intrigante. La phrase est en suspens et réfléchit même sur sa propre portée : « ce que j’ai voulu dire c’est ».
Puis un espace.
Un trou dans la phrase.

Cette pièce de théâtre se rapproche finalement de la prose. Le fils, ses sœurs et la mère agissent constamment dans le silence de leurs propres paroles qui ne sont pas dites. Qu’est-ce qui donne envie de lire cette pièce, ou bien encore d’aller la voir ? La mise en captivité du lecteurs spectateur qui lit ou voit, et se laisse surprendre par un horizon d’attente perpétuellement déjoué.
Et enfin, pour la beauté de la phrase. Du rythme. Du style.

Bibliographie