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La Fille, de Tupelo Hassman

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Une actualité de Administrateur
Publié le 20/04/2016
Un trailer brûle en soixante secondes La Fille (Girlchild) de Tupelo Hassman raconte l'histoire de Rory Dawn Hendrix, une gamine intelligente, esseulée, bousillée par la vie et l'héritage familial, vivant dans un parc de caravanes à Reno, USA, « une zone de guerre ». Patchwork de lettres, souvenirs, rapports d’assistante sociale et décisions de justice, l’écriture de ce roman nous permet, dans une construction absolument brillante, de grandir avec Rory, entraînant le lecteur au long des chapitres à avoir le même âge qu’elle (de cinq à quinze ans), les mêmes questionnements, les mêmes peurs et les mêmes surprises. Rory évolue au milieu de la drogue et des vols, de la déchéance financière, alimentaire et culturelle. Elle puise sa force dans Le Manuel de la parfaite scoute, l'analyse sociale des gens qui l'entourent dans la Calle de las Flores, dans son attention poétique aux détails, le soutien inconditionnel à sa mère paumée Johanna, sa naïveté, ses frères absents, l'école. Au fil d’un récit qui se déroule avec un lyrisme déconcertant, se distillent également des indices sur l'Amérique blanche trash des années 70. Les événements graves s'enchaînent et la voix de l'adolescence contraste furieusement avec leur horreur, combattant par sa distance sa condition, et rappelant avec grâce un Beignets de Tomates vertes, version Nevada. Entre voyage initiatique et pamphlet social, Tupelo Hassman signe un premier roman plein de fous rires, de tendresse, de justesse, d'angoisse et de touches de Salinger. Page après page, l'histoire se dévore, inlâchable, pour nous amener vers le destin de Rory, destin qui jusqu'à la dernière seconde, la dernière phrase, fera marcher le lecteur sur le fil du rasoir. Se décrivant elle-même comme faisant partie d’une « lignée d’arriérés », Rory pourtant deviendra tout sauf misérable. Elle se distinguera au milieu de la loi du quartier et de la banalité comme un personnage tenace, incisif, courageux et porteur d’espoir, tant sa fragilité est apparente. Elle ira jusqu’à sacrifier son rêve et son talent pour refuser de lâcher les siens, et deviendra ainsi l’un des personnages les plus bouleversants sur lesquels il nous ait été donné de lire. Un roman à connaître, étonnant, triste et sublime, plein d’amour, de distance et de coups de poing, comme je n'en avais pas lu depuis bien longtemps, comme la littérature américaine sait faire résonner dans nos têtes, tel le chant d’un oiseau moqueur. Marianne Morin