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La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

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Publié le 09/05/2018
La vérité sur l'Affaire Harry Quebert de Joël Dicker
Une « mise en abîme à chute »

Suivre un narrateur interne dans un roman policier est assez risqué en un sens ; nous dormons peu, lisons trop (oui, c’est possible) et risquons de grands chocs émotionnels et nerveux. Ici, l’ascenseur émotionnel est partagé entre le personnage principal et la chute (que même les 23 personnalités de Kevin n’auraient pu anticiper).

L’écrivain menant l’enquête n’a aucune capacité d’investigation, à un point tel que la résolution de l’affaire relève du miracle. En effet, il met de côté des éléments pourtant évidemment importants et ne revient dessus que bien trop tard, ce qui, en plus d’être une perte de temps, est horriblement frustrant à un point d’en devenir un facteur supplémentaire de suspens.
Le meilleur exemple serait le passé de la famille Kellergan. Depuis le début, un certain mystère plane sur les raisons de leur déménagement. En effet, lorsque Marcus interroge les habitants sur ces fameuses raisons, on sent évidemment que leur passé en Alabama est un élément clé de l’enquête au vu de cette explication connue de tous : ils auraient quitté la ville de Jackson en raison d’émeutes raciales, qui auraient plongé la ville dans un climat d’insécurité permanente. Cependant une chose nous sautera directement aux yeux mais qui passera inaperçue à ceux de Marcus : une famille blanche, dont le père – révérend – est très apprécié par tous (blancs comme noirs), quitterait la ville par peur pour leur sécurité ? D’accord, c’est plausible. Mais pour carrément aller dans le New Hampshire ? Autrement dit, tout quitter et traverser tout le pays pour une menace apparemment indirecte ? Non, il était évident que la raison allait bien plus loin que de « simples » émeutes raciales. Bien sûr, la raison précise est l’un des plus gros chocs de ma vie – classe préparatoire incluse – mais au moins, je m’attendais à l’avoir (c’est déjà ça de prit) …
Mais que fait Marcus ? Il interrogera le révérend de but en blanc s’il battait – lui ou sa femme – Nola… A quoi pouvait-il bien s’attendre de la part d’un révérend de nature calme et de réputation en phase avec sa profession, si ce n’est qu’une totale réfutation et d’un accès de colère sans bornes ?

Que Marcus soit ainsi dépassé allié à une plume aussi fluide que celle d’un Joël Dicker créera une terrible frénésie de lecture ; on alterne entre des passages lents qui nous frustre d’impatience et d’autres plus rapides qui nous font tomber des nues. A mon sens, ce roman est un supplice de Tantale revisité ; l’auteur nous tend des perches juste assez alléchantes pour nous donner espoir, mais sans jamais assouvir notre faim. Et même une fois terminé, il nous laisse comme orphelins, seuls rescapés d’une époque tristement révolue.

Bibliographie