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Le Gang des rêves

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Publié le 13/05/2019
Le Gang des rêves de Lucas Di Fulvio
Septembre dernier, après avoir dévoré La vérité sur l’affaire Harry Quebert et Le livre des Baltimore de Joël Dicker, il me fallait trouver un remède à ce vide palpable mais aussi et surtout trouver une réponse à la sempiternelle interrogation : "Que vais-je bien pouvoir lire désormais ?" Une quête de tous les risques, c’était fort heureusement sans compter sur Le Gang des rêves de Lucas Di Fulvio.

Un livre ? Difficile à l'affirmer tant la narration a quelque chose de cinématographique. Se situant quelque part entre un film de Scorsese et un roman de Dickens, on peine à qualifier cet ovni. Il retrace la vie de Cetta Luminita et celle de son fils Christmas tous deux immigrés italiens arrivés à New-York au début des années 1920, bercés par l’illusion d’un monde meilleur.

Du rêve américain à la ségrégation raciale aux États-Unis, en passant par les faubourgs crasseux newyorkais, le cinéma Hollywoodien, les guerres de gangs, l’amour et la rédemption, l’auteur, en parfait maître conteur, nous entraîne au coeur d’une véritable saga. Et s’il semble compliqué de savoir dans quel voyage on s’est embarqué, il est résolument impossible de savoir dans quel état on le terminera.

Sa narration fait mouche, aiguisée comme une lame tranchante, elle ne laisse aucun répit. L’atmosphère y est parfois irrespirable mais que le plaisir est immense. Le lecteur se retrouve prisonnier d’un récit l’entraînant dans les bas-fonds de Lower East Side. D’une violence extrême et d’un vocabulaire cru et sans artifice qui a, pour le moins, le mérite de dire les choses, on assiste à un véritable voyage initiatique à travers lequel Christmas devient un jeune adulte. Candide parfois mais d’une humanité coriace, notre héros essaie tant bien que mal de s’en sortir. Son salut passera par l’amour. Une romance merveilleuse servie par une force narrative et des clichés lumineux qui tranchent radicalement avec certains passages glaçants. Les décors sont sublimes, la tension palpable. Malgré cela, il existe à travers les lignes une légèreté et une poésie remarquables.

Avec une tendresse et une réelle sensibilité, nous permettant indubitablement de tenir le coup, Lucas Di Fulvio livre une partition unique. Le tout aidé par des descriptions qui fourmillent de détails et retranscrivent au mieux cette société sans foi ni loi où les plus forts règnent en seigneurs. Au milieu de tout ça, une ribambelle de personnages, aucunement hiérarchisés et tous au service de la narration. D’une rare épaisseur, ils sont divers. Chacun avec ses forces, ses doutes, ses craintes et ses imperfections. Humains tout simplement.

Somptueusement bouleversante et dégageant une force inouïe rarement égalée, cette lecture a quelque chose de viscéral. J’en ressors abasourdi et bouleversé. Je dois cruellement manquer d’objectivité mais à quoi bon, n’était-ce pas l’exercice demandé ?

Dorénavant une seule question réside : "Que vais-je bien pouvoir lire désormais ?"

Bibliographie