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LES LYCÉENS ÉCRIVENT AUSSI - 8ÈME ÉDITION - BILLET N°11

Villa Amalia - Pascal Quignard - collection Folio
Villa Amalia - Pascal Quignard - collection Folio
Une actualité de Libraires
Publié le 20/02/2017
« Le roman aux multiples imprévus, au suspens sans fin... »
Ayant reçu le prix Goncourt en 2002, Pascal Quignard revient quelques années plus tard avec cette œuvre bouleversante et un personnage – au cœur de l’histoire – au caractère particulièrement mystérieux… Le lecteur est confronté à un changement radical de la part de ce personnage qui le maintient en haleine tout au long du récit. Vous aimez la nature ? Vous aimez les imprévus ? Alors vous allez être servis ! Je vous invite à découvrir et imaginer ces paysages de toute beauté, en lisant ce roman d’initiation, au registre lyrique et pathétique.

Pascal Quignard nous emmène tout d’abord dans la capitale française, Paris, dans les pas d’une femme qui se cache derrière un buisson et espionne l’être aimé. « Pourquoi cela ? » me direz-vous. Je sais à quoi vous pensez, et vous avez tout à fait raison ! Son compagnon la trompe. En effet, cette femme, Ann Hidden (de son vrai nom Eliane Hidelstein), musicienne de talent et passionnée de natation, personnage maître de l’histoire, va nous emporter bien loin de son point de départ et tout cela pour une simple et bonne raison : l’infidélité de Thomas, son compagnon. A mon goût, la décision de cette jeune femme de 47 ans, ayant grandi seule avec sa mère en Bretagne, est très radicale, et même excessive. Quel va être son choix ? Va-t-elle tuer Thomas ou sa maitresse ? Les deux peut-être… Soulagement pour certains, déception pour d’autres, l’auteur ne la guidera pas dans ces directions. La sienne est plus originale et imprévue. Ann a tout simplement décidé d’effacer son ancienne vie (celle aux côtés de Thomas) et d’en recommencer une nouvelle. Pour cela, elle vend sa maison, ses affaires ainsi que celles de son ex compagnon (ne gardant que quelques effets personnels, si peu qu’ils tiennent dans un petit carton), ses trois pianos auxquels elle était particulièrement attachée, elle supprime son existence de tous les dossiers existants afin de disparaître sans pouvoir être retrouvée. Elle démissionne de son travail chez Roland, son éditeur, et finit par changer d’apparence. Détail important, Ann ne prévient personne de ce départ précipité, si ce n’est Georges, son ami d’enfance retrouvé par hasard, le soir de sa séance d’espionnage. Ce dernier va en effet l’aider dans ses manœuvres et va également l’aimer, sans retour.

En un sens, Ann semble avoir perdu toute forme d’humanité. Elle rend visite une dernière fois à sa mère puis l’abandonne sans lui dire la vérité, laisse également Georges seul à espérer son retour et son amour, et maintient Thomas dans l’ignorance et l’incompréhension totale. Les personnages de cette histoire sont liés en un point : la solitude. Monstre d’égoïsme, figure héroïque ou femme désespérée ? J’avoue qu’en lisant le début de l’intrigue, j’avais du mal à trouver sympathique l’héroïne et à lui prêter des sentiments positifs et pourtant la suite de l’histoire a démenti mon impression première. Ann Hidden se révèle plus complexe et échappe aux idées toute faites et autres représentations faciles… mais je ne vous en dévoilerai pas beaucoup plus. Mieux vaut que vous vous fassiez votre propre opinion en lisant ce livre.

Le fil conducteur de ce roman est donné par les différents thèmes que l’on retrouve tout le long. Deux activités, l’une artistique, l’autre sportive, la musique et la nage, acquièrent une très grande importance car ce sont les deux seules formes d’expression d’Ann, ce personnage si énigmatique. Et malgré l’apparente froideur de cette femme, l’amour est bien présent, plus particulièrement dans la seconde partie du livre, à partir du moment où Ann quitte Paris pour atteindre, sans savoir précisément où aller, l’Italie. Elle découvre alors la fameuse Villa Amalia « au toit bleu » que l’auteur nous laisse libre d’imaginer comme on le souhaite. « Georges, je suis devenue heureuse. […] Je ne mens pas. Je suis heureuse. »

Grâce à ce lieu, la jeune femme va commencer une nouvelle vie. Elle fera des rencontres toutes très enrichissantes et certaines (seulement une ou deux) totalement passionnelles. Je vous laisse découvrir comment Ann semble (re)naître à elle-même en nouant de nouvelles relations, comment le bonheur que l’on souhaiterait éternel connait lui aussi des entraves qui peuvent être terribles… On finit par s’attacher à Ann et on aimerait que la vie lui sourie enfin.

C’est un livre dur à l’image de son héroïne qui encaisse les coups sans jamais renoncer à sa liberté de choisir sa vie. Tout au long de ce récit, on apprend à vivre à ses côtés, on essaie de ressentir ce qu’elle ne montre pas et déchiffrer ce personnage énigmatique. Le lecteur se retrouve au premier plan, comme inclus dans l’histoire. Je conseille fortement ce roman qui nous fait vivre une expérience de vie inédite, forte et terrible à la fois. Qui n’a jamais rêvé de lâcher les amarres et de recommencer sa vie ailleurs, autrement, sans plus avoir de compte à rendre à qui que ce soit ? Lisez ce livre pour en faire l’expérience par procuration !


Billet de Elise Maret, étudiante en Commerce International

Bibliographie