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Les raisins de la colère, de John Steinbeck

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Une actualité de Administrateur
Publié le 20/04/2016
La banque n’a pas de visage et la main de l’économie est invisible. Les tracteurs qui rasèrent les habitations des fermiers de l’Oklahoma dans les années trente étaient eux bien visibles. Tout comme l’est le désarroi de Tom Joad lorsqu’il rentre chez lui après quatre années de réclusion pour découvrir la ferme familiale détruite et abandonnée. C’est pourtant la ferme de ses ancêtres, leur terre. C’est là que tous sont nés; et décédés après des décennies de labeur dans leur champ de coton désormais décimés. La crise et l’industrialisation en ont décidé autrement. Grâce à un voisin marginalisé, le héros retrouve sa famille alors qu’elle est sur le point de s’exiler, contrainte comme des milliers d’autres dépourvues de leur terre et de leur avenir. C’est tout cela que nous raconte Steinbeck. Il alterne les courts chapitres descriptifs, déconstruits, presque factuels et le récit de cette famille multigénérationnelle qui n’a d’autre choix que de revendre pour une misère ses biens durement obtenus, afin de pouvoir s’entasser dans une camionette. Direction la Californie, ses vergers, ses champs de coton et ses promesses d’embauche. A travers leurs pérégrinations, leurs espoirs, leurs désillusions, c’est l’homme et ses préoccupations que l’auteur décrit avec intensité: naître, manger, baiser, avancer. Et survivre. La rudesse du voyage est choquante, la solidarité des exilés touchante et l’insensibilité des opportunistes écoeurante. Tous ces “Okies” se jettent intrépides dans le gouffre de l’éblouissant inconnu et sont vite dégoûtés, appeurés, rattrapés par la bassesse et l’égoïsme humain qui les corrompent. L’honneur est moins protéiné que le ragoût. A mesure qu’ils se rapprochent de la terre promise, leur condition se dégrade. Et puis ils arrivent. La Californie, son chômage, ses camps improvisés, la peur et la haine de ses habitants. Les Joad survivent comme ils peuvent avec les autres réfugiés dans la boue et la faim des “Hooverville”. On fait l’expérience de l'aversion des Californiens qui se sentent envahis et n’ont que la violence comme riposte. On les voit exploiter cette main d’oeuvre inépuisable. Le gain appâte les uns, les autres travaillent toute la journée sans pouvoir gagner de quoi se rassasier le soir venu. Assez avec tout ce pessimisme, les années 1930 sont révolues! Ô joie, vive l’existence, les selfie-sticks, et les OGM, nous sommes en 2016! Heureusement, une crise économique comparable à la grande dépression n’est plus en mesure de nous atteindre! La récession, c’est du passé. Heureusement, le racisme et le communautarisme n’ont plus cours nulle part sur la surface de la grossière bille qui nous sert de terre, et surtout pas aux Etats-Unis. Le racisme, c’est dépassé. Heureusement, on ne voit plus des familles entières forcées de quitter leur terre se retrouver misérables, dans la pauvreté, la faim et le désespoir. Les réfugiés, c’est oublié. Adrien Hannart