Chargement...
Chargement...

Une chambre à soi #1

virginia woolf.jpg
Une actualité de Libraires
Publié le 08/04/2017
« Peut-être me faudrait-il parler des femmes et de ce qui les caractérise, ou des femmes et des romans qu'elles écrivent, ou des romans qui traitent de la femme, ou encore, pensant que ces trois possibilités sont intimement liées, votre désir est-il que je les envisage dans leur entrelacement ?» Une chambre à soi, Virginia Woolf, 10/18, 2016.
Lorsqu'on lui demande de s'exprimer sur les femmes et le roman, Virginia Woolf se rend compte qu'il ne s'agit pas simplement d'évoquer quelques grandes auteures : elle préfère penser les femmes et la condition de création. Être auteur, encore au début du XXe siècle, est conditionné par le sexe et les moyens économiques. Seule possibilité pour celles qui veulent s'exprimer : des moyens, et surtout un espace, une chambre à soi, pour libérer la création. Ce titre, emprunté à l'auteure britannique, exprime très bien cette volonté de dire et lire les femmes.
Parlez de féminisme, et les réactions ne se font pas attendre, qu'elles soient négatives ou enthousiastes, féminines ou masculines. Si le féminisme prend de multiples formes, on retrouve à chaque fois cette volonté de comprendre à quel point les mécanismes sociaux peuvent influencer nos comportements et modes de pensée, favorisant inégalités et violences, que se soit dans la vie personnelle, professionnelle, ou dans l'espace public. L'écriture devient un moyen d'expression privilégié, qui permet de mettre en avant des voix audacieuses, des femmes qui d'une façon ou d'une autre luttent, partagent et inspirent, pour plus d'égalité et de respect. Les livres présentés dans cette série d'articles sont autant de pistes de réflexion pour découvrir des figures de femme déterminées et motivantes, pour rendre compte de modes d'existence féminins et de trajectoires de vie multiples : provoquées, déterminées, imprévisibles, mais toujours enrichissantes.



Riot grrrls : chronique d'une révolution punk féministe, Manon Labry, éditions Zones

Au début des années 1990, quelques jeunes filles états-uniennes du milieu punk décident de se faire une place sur la scène musicale underground, préoccupées non seulement par les idéaux anti-capitalistes et la philosophie du Do It Yourself, qui sont liés au punk, mais surtout par la place de la femme dans ce milieu et dans la société. Elles veulent dénoncer ce qu'elles appellent le « patriarcapitalisme », et incitent à la révolte : « Revolution grrrls style now ! ».
9782355221057,0-3178789.jpg manon labry


Il ne faut pas pour autant croire que les années 1980 sont un trou béant dans l'histoire des contre-cultures : le mercantilisme et la culture de masse ont toujours été un terrain favorable à l'émergence de scènes culturelles souterraines. Ainsi la production culturelle se diversifie et s'accompagne d'un activisme politique, dont le DIY est bien représentatif ; en effet, si dans le punk, le DIY est davantage un « élan spontané sous la contrainte » comme l'explique Manon Labry, il devient dans les années 1980 un acte plus politique, cherche à proposer une alternative et devient l'expression de l'anticapitalisme dont ils veulent faire leur mode de vie (et plus seulement sur le terrain de la créativité artistique). On voit ainsi se multiplier les labels indépendants, les fanzines etc, toujours en dehors des moyens de communication et de diffusion traditionnels. Ainsi, les formes de créations indépendantes sont de plus en plus nombreuses au cours des années 1980, et s'accompagnent d'une volonté de proposer des productions de qualité, d'avant-garde, et surtout locales.


Manon Labry nous fait découvrir avec ce texte passionné et passionnant l'univers des riot grrrls, entre fanzines, concerts punk, et réunions non-mixtes, pour que les femmes se réapproprient la création et l'espace social. Ponctué des titres des chansons de ces groupes (Bratmobile, Bikini Kill, Heavens to betsy etc) ainsi que d'extraits d'interviews et d'une iconographie, ce livre retrace l'évolution de ces femmes et de ces hommes, leur impact sur la scène culturelle underground ainsi que leur lien complexe avec les médias. On comprend mieux que riot grrrl est un mouvement important du milieu musical underground, véritable sous-genre du punk, qui a permis, et permet encore à celleux qui s'y intéressent, de proposer une scène d'expérimentation des valeurs féministe et punk, DIY, anticapitaliste, contre les rapports de force et la culture mainstream. Un champs de possibilités pour ces femmes et ces hommes qui ne veulent plus d'une société patriarcale.

BELINDA B.


Bibliographie

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !

Emilie (119)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?