Lorsqu'on lui demande de s'exprimer sur les femmes et le roman, Virginia Woolf se rend compte qu'il ne s'agit pas simplement d'évoquer quelques grandes auteures : elle préfère penser les femmes et la condition de création. Être auteur, encore au début du XXe siècle, est conditionné par le sexe et les moyens économiques. Seule possibilité pour celles qui veulent s'exprimer : des moyens, et surtout un espace, une chambre à soi, pour libérer la création. Ce titre, emprunté à l'auteure britannique, exprime très bien cette volonté de dire et lire les femmes.Parlez de féminisme, et les réactions ne se font pas attendre, qu'elles soient négatives ou enthousiastes, féminines ou masculines. Si le féminisme prend de multiples formes, on retrouve à chaque fois cette volonté de comprendre à quel point les mécanismes sociaux peuvent influencer nos comportements et modes de pensée, favorisant inégalités et violences, que se soit dans la vie personnelle, professionnelle, ou dans l'espace public. L'écriture devient un moyen d'expression privilégié, qui permet de mettre en avant des voix audacieuses, des femmes qui d'une façon ou d'une autre luttent, partagent et inspirent, pour plus d'égalité et de respect.
Les livres présentés dans cette série d'articles sont autant de pistes de réflexion pour découvrir des figures de femme déterminées et motivantes, pour rendre compte de modes d'existence féminins et de trajectoires de vie multiples : provoquées, déterminées, imprévisibles, mais toujours enrichissantes.
L'économie pour toutes : un livre pour les femmes, que les hommes feraient bien de lire aussi. Éditions La Découverte
Couppey-Soubeyran, Jézabel
Rubinstein, Marianne
Au départ, on écarquille les yeux en lisant le titre du livre : « L’économie pour toutes »… Des notions d’ économie simplifiés pour nos petits cerveaux étriqués ? Les hommes viendraient vraiment de Mars et comprendraient mieux l’économie que nous. Et nous autres Vénusiennes n’y entendrions rien ?
Mais rassurons-nous (et vous avec !) en lisant dès la préface l’intention des auteurs qui n’est autre que de signaler avec humour que les femmes ont pris une place importante dans un univers économique - autrefois plus masculin - par les études, le travail, un plus haut niveau de responsabilité, mais que leur connaissance du langage économique est encore trop faible pour un dialogue équilibré avec leurs pairs.
Dix questions très sérieuses sont donc abordées dans cet ouvrage en partant d’un point de vue micro vers le macro. Les différents thèmes décrits ici sont le logement, le système bancaire, l’entreprise, l’emploi et la discrimination, les classes sociales, les crises, l’Europe et le bonheur…
Le ton employé est vivant comme le soulignent les auteures : « […] Une phrase qui permet de mieux incarner le propos, sans se conformer aux codes en usage, sans en passer par le jargon des économistes et leur ton souvent si solennel, qui leur donnent l’illusion de compter parmi les représentants des sciences dures (p. 164).»
Ou encore, « […] notre intention était de mieux partager cette matière, l’économie, qui nous concerne tous et toutes, et que trop peu de femmes encore se sentent autorisées à penser, à questionner, à aimer (p.165).»
En ces temps de « surcharge mentale », il ne faut surtout pas hésiter à compulser cet essai qui permet de façon ludique mais sérieuse d'approfondir de grands thèmes d’économie.
L’actualité du livre est toujours prégnante comme nous le rappelle la postface et nous engage d’autant plus au devoir de compréhension du monde : immobilier élevé, santé des banques inquiétante, éventualité du retour d’une grave crise financière, égalité homme/femme mise à mal, discrimination…
La planète économie est à nous !